L’ail, ce condiment qui est aussi un légume est le point
de rencontre entre les gastronomes et les diététiciens
NOURRITURE INDISPENSABLE
« Que manquer d’ail ne vous arrive
jamais, mes enfants. Rappelez-vous qu’un bon pacan provençal doit
toujours avoir une ou deux têtes d’ail dans son sac... Vous êtes en
plein terroir, vous avez faim, manquez de fricot, vous frottez votre
pain avec de l’ail et vous mangez comme des hommes... »
(Le Livre de l’Ail de Jean Paul CLEBERT Edition A.BARTHELEMY, Avignon
p106)
Nourriture universelle et incontournable
Du moins si l’on en croit J.MERY, poète du
Midi, auteur d’une l’Ode à l’ail, qui touche au dithyrambe :
ODE A L’AIL
Vous
ne savez dons pas que cette plante est bonne
Entre toutes? Tissot, professeur en Sorbonne,
Ne vous a pas vanté cet admirable don,
Lorsque, des vieux Romains disant la grande chère,
Bucolique aux doigts, il vous explique en chaire,
Les vers du Pasteur Carydon?
Virgile,
homme de goût, a vanté son arôme,
Dans des vers applaudis par les dames de Rome.
Et quand il fallait voir Auguste, au Palatin,
Testylis apprêtait l’ail, en regardant ses chèvres
Et le poète en cour exhalait de ses lèvres
Le vrai parfum du vers latin.
Tout
ce qui porte un nom dans les livres antiques,
Depuis David, ce roi qui faisait des cantiques,
Jusqu’à Napoléon, empereur du Midi,
Tout a dévoré l’Ail; cette plante magique
Qui met la flamme au cœur du héros léthargique,
Quand le froid le tient engourdi.
( cité par le Docteur PEYRE Sur les Allium et les Aulx Paris Melum, 1946 p40 )
L’ail, légume condimentaire universellement apprécié pour
son goût et redouté pour son odeur est aussi une bête à concours. Non
seulement il pare les plats de saveurs inégalables mais il aime lui-même
se parer et faire la fête.
FETES ET FOIRES
A partir de la Saint Jean et jusqu’à la Saint
Barthélemy, ( 24 août), les foires et grands marchés de Provence
proposaient à profusion des tas d’aulx, particulièrement dans la région
située entre Aix et Marseille. L’ail n’est pas une herbe de la Saint
Jean, parce qu’il est cultivé, il en a les vertus et l’avantage d’être
mûr à cette époque. Ainsi se trouvait-il associé naturellement à tous
ces simples, parvenus à leur état de grâce sous le soleil du solstice,
et dont on faisait alors provision pour l’année à venir. On cite, parmi
le plus réputées, la foire de la St Jean de Garguier, prés de
Géménos.
Mais pourquoi ignorer les marchés d’Aubagne, d’Auriol, et tous ceux de
la Provence de Pagnol...?
A Marseille où l’on a justement prétendu qu’il s’y consommait au moins
chaque jour une tête d’ail par tête d’habitant, la Foire à l’ail est
devenue traditionnelle dés le début du siècle quand le cours Belsunce se
rassemblaient forains et marchands de la St Jean.
Après bien des déménagements, la foire a retrouvé sa place sur le cours
Belsunce et en Juillet se reconstruisent sur le trottoir ces
échafaudages pittoresques savantes construction d’ail blanc, violet ou
rouge ( muolinin ici)
La foire de l’ail a lieu à Piolenc, au nord d’Orange, sur cette
nationale 7 qui mériterait d’être baptisé route de l’ail dans les
derniers jours du mois d’Août. Les étals de marchands d’aulx sont moins
nombreux que sur le cours Besunce, mais ils ont heureusement associé
leur commerce à celui des vins de pays que cette fois on déguste. La
fête commence le samedi soir par un aïoli « énorme » auquel est convié
toute la population et qui se termine aux aurores. Dans la matinée du
dimanche a lieu le défilé des chars style corso dont le premier est orné
d’une gousse d’ail qui fait au moins 2 mètres de diamètre.
(le Livre de l’Ail de Jean Paul CLEBERT Edition A.BARTHELEMY, Avignon p 43 et 45)
De la Foire de Beaucaire - foire Européenne déjà - jusqu’à l’exposition
Universelle de 1855, les témoignages de convivialité abondent. Tout
d’abord Millin, voyageur avisé :
« Mais ce qui nous étonna le plus, ce fut une rue dont les murs fort
épais et élevés n’étaient composés que d’oignons et de gousses d’ail; la
quantité en était si considérable qu’on eût pu croire qu’il y en avait
pour toutes les sauces de l’Europe »
( Voyage dans les départements du Midi de la France, 1807-1811 cité par
le Livre de l’Ail de Jean Paul CLEBERT Edition A.BARTHELEMY, Avignon p55 )
L’IMAGE DE L’AIL
Au royaume de l’ail, il faut bon vivre : la nature est bonne, la cuisine
est savoureuse, la langue elle-même chante le plaisir de vivre
Soleil, nature bienveillante
Les pays où pousse l’ail sont le plus souvent des
pays de soleil et de bienveillante nature :
mais écoutons plutôt Jean Giono, nous parler de Manosque-des-Plateaux
:
« Du côté d’Aubette, la rue est fleurie d’une mousse de revendeurs
espagnols avec des éventaires d’oranges, de bananes, de grosses têtes
d’ail liées en rosaire de pèlerin, toute une joaillerie de couffes
d’oignons ».
Sensation de bonheur et de quiétude
L’abandon après le labeur :
L’odeur même, odeur d’ail et d’huile chaude, chantait le soir et le repos et la
quiétude légendaire : » Jean Giono : « La naissance de l’Odyssée » cité
dans le Livre de l’Ail de Jean Paul CLEBERT Edition A.BARTHELEMY, Avignon p56)
Saveurs d’une cuisine haute en couleurs
D’un rest d’aiet trasien li veno
Au recalieù; e, li man pleno
De trescalan e de verbeno
Que fasien benesi dins lou fio purgadou
(D’une tresse d’aulx ils jetaient les gousses/ dans la braise; et, les mains pleines/ de millepertuis et de
verveine/ qu’ils faisaient bénir dans le feu purificateur) (Mireille,
chant VII cité par Le Livre de l’Ail de Jean Paul CLEBERT Edition A.BARTHELEMY, Avignon p 46)
Pain frotté d’ail : repas de paysan; gigot à l’ail, repas de richard ! Aihet è pan
Repais dé paisant;
Aihet è carn
Repais de richard. (cité par le Docteur PEYRE Sur les Allium et
les Aulx Paris Melum, 1946 p 40)
« Une salade bien fraîche, un peu craquante, avec un tout petit goût
d’ail sur le côté, comme un plumet », disait Pagnol dans Cigalon.
Auquel je préfère Giono, dans le Serpent d’étoiles, se régalant d’un
repas d’herbe et de nuit. On avait posé au bord de l’aire un grand plat
de saladelle des collines, bien pâle, choisie à l’ombre et qui
grouillait, luisante d’huile comme un nid d’araignées vertes. On allait
là-dedans avec les doigts, chacun à son tour on était tous en rond avec
le plat au milieu, une large assise de pain étalée à pleine main gauche
servait d’assiette et de serviette, et quand ce pain avait bien pompé
des gouttes d’huile , bien essuyé le doigt, on le mangeait et il avait
le goût d’une après-midi de moisson... »
Saveur d’une langue, la langue occitane ou provençale
Aiet e pan, repas de paisan Ail et pain, repas de paysan Uno ensalado aiet-croustet, vous n’en licas
lou bout di det Une salade ail-croûton, on s’en pourlèche le
bout des doigts Roustido d’aiet à l’oulivo negro
aprés lou manja, poudés plus sibla Pain d’ail à l’olive noire
après manger, on ne peut parler
Mistral dans son Trésor précise que la roustido dou moulin
consistait pour le propriétaire à donner aux ouvriers des tranches de
pain imbibées d’huile vierge, sur lesquelles on écrase des anchois ou de
l’ail. Il est un fait qu’on dit souvent : l’aiet es l’especarié
dou paure (l’ail sert d’épicerie du pauvre). Dicton relatif à la
fortune du pot.
Frotter d’ail se dit en langue d’oc gradalha. Le terme vient du
languedocien gra d’alh, gousse d’ail. Il est passé dans le
français populaire et méridional dans l’expression pain gradaillé,
dont le cuisinier paléolithique Delteil a fait un juste éloge : « Une
grosse tranche de pain rassis, croûte et mie. Frottez éperdument d’ail
jusqu’à éblouissement. Arrosez en long et en large d’huile et de
vinaigre, une vraie géographie. Le hic est que ça se marie, que l’huile
pénètre toute la masse jusqu’à l’aine, et que ça chante, et que ça
siffle, et que ça fouette... »
Mais, mais.... car il y a un mais
La malice n’est jamais absente dans les pays de l’ail. Écoutons
un peu aux portes, voici ce qu’on y dit
Qui se fringouio au rest d’aiet
pou pas senti la girouflado Celui qui se frotte au collier d’ail
ne peut sentir l’oeillet
Certains disent plus crûment : Galejaire coume Mèste Arnaud, qu’aieté un
counfessionau Facétieux comme Maître Arnaud, qui embauma un
confessionnal
Ou encore, pour stigmatiser l’entêtement, on dit : Demandon de cebo, e respond d’aiet On demande de l’oignon, et il répond de
l’ail
De celui qui voudrait bien n’avoir pas l’air de ce qu’il est, on dit
encore : Lou mourtié sent l’aiet
Le mortier sent l’ail
(Proverbes cités dans « Le Livre de l’Ail » de Jean Paul CLEBERT
Edition A.BARTHELEMY, Avignon p58)
DES TRUCS ET DE L'AIL
Pour enlever l’odeur de l’ail : sur un
couteau, laver à l’eau froide (jamais à l’eau chaude); sur la planche à
découper, frotter avec du gros sel; sur les mains, frotter avec un peu
de persil (jamais de citron). On prétend encore que si l’on mastique
longuement, l’ail ne doit point laisser une mauvaise haleine....
(Le Livre de l’Ail de Jean Paul CLEBERT Edition A.BARTHELEMY, Avignon p94)
L’ail est de tous les temps
DANS L'ANTIQUITE ROMAINE
Le moretum des légionnaires romains
Une des premières recettes connues de la
pommade d’ail nous est rapportée par les poètes latins. C’est le moretum
(dans lequel on reconnaît un mot proche de mortarium, mortier) des
Romains. Ovide nous le présente comme un mets composé d’ail, d’herbes, de
fromage, de la rue, de l’ache, de la coriandre, de l’huile et du
vinaigre. Il en donne une description pittoresque:
C’était le plat de résistance des soldats romains quand ils partaient au
combat et des moissonneurs allant aux champs.
(cité dans le Livre de l’Ail de Jean Paul CLEBERT Edition A.BARTHELEMY, Avignon p, 113)
« Moretum » des Romains, du temps de Virgile :
Prendre quatre gousses d’ail fraîchement
cueillies, les dépouiller de leur enveloppe, les jeter dans le mortier
et les saupoudrer de sel, puis y ajouter de l’ache, du coriandre et de
la rue, ainsi que la croûte d’un fromage. Piler le tout ensemble, à
consistance d’une pâte, dont le fumet doit « exhaler une odeur violente,
qui frappe les narines de l’opérateur et le fasse larmoyer et
grimacer... » Ajouter alors de l’huile et du vinaigre de vin pour
fluidifier légèrement la pâte que l’on doit pouvoir rouler entre les
doigts, pour obtenir la forme parfaite du Moretum.
(cité par le Docteur PEYRE Sur les Allium et les Aulx Paris Melum, 1946 p 96)
Au Moyen-Age
De son côté, Plaute fait état d’un ragoût à l’ail qu’il nomme alliatum, terme qui se
transformera en Gaule puis dans la France médiévale en aillade ou aillée.
Aillade, aillée, aillie...
: Les très anciens Libri de arte coquinaria font tous état de la
sauce à ,l’ail dont on arrosait les plats ou dont on assaisonnait la
soupe. Rappelons que, au Moyen Age, la soupe désignait la tranche
de pain que l’on trempait dans le bouillon. En tout cas, l’aillade
médiévale se composait généralement d’ail pilé, mêlé à des amandes ou
des noix et à de lamie de pain.
Aillée de noix ou d’amandes, aillée blanche, aillée violette.
(cité dans le Livre de l’Ail de Jean Paul CLEBERT Edition
A.BARTHELEMY, Avignon p, 114)
Dès le XIIIe siècle, une sauce à l’ail, en provenance du Midi, comme il
se doit, se vendait dans les rues de Paris, par des marchands ambulants,
ces précurseurs de tripes... à la mode de Caen : c’était l’aillée,
faite d’ail, de mie de pain et d’amandes décortiquées et pilées, le tout
délayé dans du bouillon aux fines herbes.
( cité par le Docteur PEYRE Sur les Allium et les Aulx Paris Melum, 1946
p 96)
Au XVIe siècle
Comme le gros oignon, l’ail se cuit sous la
cendre ou au diable, à l’étouffée dans ce poêlon hermétiquement fermé.
On met la tête entière, non pelée, elle cuit dans sa peau, sans rien
perdre de son arôme. Il faut attendre, longtemps, qu’elle soit toute
molle, presque confite. Alors, on l’épluche et on l ’étale, on
l’esquiche, sur une rôtie. Ambroise Paré, au XVIe siècle, vantait déjà
le parfum d’une « gousse d’ail cuite dans un peu sous les cendres ».
(cité dans le Livre de l’Ail de Jean Paul CLEBERT Edition A.BARTHELEMY, Avignon p, 107)
Au XVIe siècle
Jérôme SAVONAROLA nous révèle la recette d’un
mets fort à la mode en ce temps-là : l’alliata, véritable sauce à l’ail
et aux amandes, dans du bouillon de poulet : « Broyer de l’ail dans un
mortier et le rejeter ; prendre de la mie de pain trempée dans l’eau, la
mettre dans le mortier, avec quantité suffisante d’amandes mondées,
pister et ajouter du bouillon de poulet : on a ainsi une alliata
délicieuse dont on peut assaisonner
L’ail est de tous les lieux
RECETTE SICILIENNE
Ail au chocolat Les gousses d’ail enrobées de chocolat
enrobées de chocolat! Divisez les bulbes d’ail en gousses et pelez-les.
Faites les tremper quelques minutes dans de l’eau glacée. Pendant ce
temps, faites fondre le chocolat au bain marie. Ajoutez du Grand-Marnier
et mélangez bien. Séchez les gousses d’ail et trempez-les dans le
chocolat. Laissez le chocolat figer et servez avec un café cappucino.
Il paraît que ces boulettes font merveille à la fin des grands repas
siciliens. Est -ce un coup de la mafia?
(cité dans le Livre de l’Ail de Jean Paul CLEBERT Edition A.BARTHELEMY, Avignon p140)
RECETTE RUSSE
Bortch russe On prend 1.000 gr. de viande de boeuf un peu
grasse, plus un os à moelle, 500 gr. de pommes de terre, 150 gr. de
betteraves, 1.000 gr. de carottes, un chou, deux ou trois oignons,
autant d’échalotes, une ou deux gousses d’ail, 250 à 300 gr. de sauce
tomate, autant de crème aigre, un bouquet garni et quantité suffisante
de poivre en grains. Dans une grande marmite on met la viande avec l’os
à moelle et quantité suffisante d’eau froide ; on couvre et l’on porte
lentement à ébullition après avoir salé convenablement, pendant un quart
d’heure environ, en ayant soin d’écumer le bouillon. On ajoute, tour à
tour, les légumes épluchés et les divers condiments. Après une heure de
cuisson on y met les pommes de terre entières et pelées, puis la sauce
tomate. On doit servir séparément la viande et les légumes avec le
bouillon contenant la crème aigre.
( cité par le Docteur PEYRE Sur les Allium et les Aulx Paris Melum, 1946
p 123 )
RECETTE BELGE
Oie à la mode de Visé
Cette spécialité belge comporte 3 kilos d’oie
en morceaux, 100 gr. de beurre, deux décilitres de farine, deux oeufs,
50 gr. de carottes, un céleri, un poireau, une gousse d’ail et 10 gr. de
sel. On met la volaille et les divers légumes dans une marmite à
couvercle et on laisse cuire le tout durant deux bonnes heures, à partir
du moment où l’ébullition a commencé. On passe chaque morceau d’oie dans
l’œuf, puis dans la chapelure ; on fait un roux avec farine et beurre,
on mouille avec le bouillon et on ajoute l’ail pilé, puis un clou de
girofle. On laisse mijoter et on ajoute la crème. On doit servir sur
deux plats, la viande et la sauce à part.
Au chapitre de l’ail cru, on pourrait ajouter que les feuilles jeunes
peuvent se manger en salade, en omelette, ou mélangées à du fromage
blanc. On peut en avoir toute l’année dans la cuisine en plaçant un
bulbe d’ail sur le goulot d’une bouteille pleine d’eau, que l’on
renouvelle régulièrement. Il se développe des racines et des feuilles
que l’on peut couper à volonté; elles repoussent jusqu’à épuisement du
bulbe.
De l’ail rocambole, on mange les bourgeons arrondis qui poussent au
sommet de la tige entre les fleurs; ils sont excellents dans les
salades.
(Le Livre de l’Ail de Jean Paul CLEBERT Edition A.BARTHELEMY, Avignon
p107)
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