Roger Boulzac, un chasselatier cazéen, disait du Chasselas:
“C’est le roi des coteaux au blason prestigieux,
Ce chasselas doré, blond comme une pépite,
C’est un grand guérisseur au renom fabuleux
Dont l’uvale saison est toujours bénéfique.
Car chacun de ses grains est source de jouvence,
Ils craquent sous la dent, ils flattent le palais,
C'est l'amour et le miel de ma contrée clémente,
C'est son plus beau fleuron, sa grâce, son bouquet! “
Combien sont repartis de Moissac la jolie,
Revigorés, virils, aux lèvres une chanson,
Lors même si c’était l’automne de leur vie,
Demandant à Vénus encore une saison.
Le vigneron s’incline et met genou à terre,
Pour cueillir ce fruit d’or, comme s’il adorait
Ce buveur de soleil, d’estivale lumière
Gorgés du suc ardent des coteaux moissagais.
Il va le confier aux mains douces des femmes,
Pour être ciselé, tout paré de rubans,
Puis gracieux troubadour qui célèbre sa dame
Il s’en ira chanter nos vignes aux quatre vents.
Je voudrais, c’est mon souhait, m’en aller en septembre,
Pour qu’on mette en mes mains la grappe vénérée,
Ce chasselas joli, pailleté d’or et d’ambre
Que j’offrirai au Christ en pardon des péchés.
S’il se laissait toucher par ma superbe offrande,
Je serais, je crois bien, à demi-pardonné,
D’avoir fait bien souvent, ferventes révérences
Au chasselas, ce Dieu de ma douce contrée!